Lyne Gagnon

Lyne Gagnon

Ce 15 juillet 1958, il faisait plus de trente degrés à Saint-Jérôme. Ce petit matin n’avait rien d’idéal pour mettre au monde un bébé de plus de quatre kilos qui se présenta de façon si étrange qu’on dû l’extirper aux forceps. Sitôt sortie des entrailles de ma pauvre mère dévastée par la douleur, je portais ainsi l’empreinte de l’angoisse existentielle qui, avant les mots et les images, ne trouvera d’autres formes d’expression que les cris et les pleurs. Pauvre maman !

Je suis née un quinze, symbole d’un tout impossible à diviser en deux, d’impair comme l’écho d’une triste maladresse, ou du nombre de marches de l’échelle de Jacob, celle-là qui mène l’Homme à sa plénitude. Ouais? Dans les faits, de ce quinze ont décliné quinze carrières réorientées, quinze amours pleurés, quinze enfants que je n’ai pas eus, quinze deuils portés et quinze cent cicatrices que je maquille de moins en moins et qui m’habillent de mieux en mieux. J’exagère ? Si peu. Je n’exagère rien du tout en vous disant toutefois que l’héritage de cette route du quinze en est un plutôt bigarré. Je passe les détails, il y en aurait pour des pages, mais j’en partage tout de même quelques traces. Je vous dirai, par exemple que, de mes explorations secrètes dans la remise des accessoires de décoration du magasin de ma grand-mère, est né mon amour précoce pour le théâtre. De mes grands parents musiciens, la passion de la musique. Du Grand Maulnes d’Alain Fournier, le besoin d’écrire l’Amour. De mon passage au CÉGEP de Jonquière, mon goût de la photo. De l’incarnation de la Jennie MacLane de Neil Simon sur les planches d’un petit théâtre off Broadway, le besoin immuable de fouiller la nature humaine jusqu’au plus profond de ses paradoxes. De cette dizaine d’années en production télévisuelle à Radio Canada, l’absolue nécessité des images. De mes études supérieures en communication, la soif d’apprendre et d’apprendre encore. Finalement, du BAC en arts visuels que je termine bientôt, je garde la certitude d’être de ceux qui croient à la lumière, à l’éblouissement, à la stimulation par l’espoir, par la joie, par le rire, et par les larmes. Je suis de ceux qui croient à l’émotion et j’emploierai éternellement mes mots et mes images pour qu’elle résonne en chacun de nous.